Avril 2021La recherche à l'Institut Lady Davis

Le Dr Hyman Schipper en quête de l’origine de la conscience

Il n’est pas étonnant qu’un neurologue s’intéresse à l’origine de l’élément le plus fondamental de l’humanité : la conscience. Ce qui est étonnant toutefois, c’est que le Dr Hyman Schipper a élaboré une théorie de la conscience fondée sur la confluence de l’ancien mysticisme juif et de la physique moderne.

« La conscience est cette propriété diaboliquement insaisissable qui informe chaque aspect de l’existence, qu’ils soient spirituels ou physiques », explique le Dr Schipper, neurologue clinicien à l’Hôpital général juif et chercheur principal à l’Institut Lady Davis.

« Nous l’avons tous, et elle est essentielle à notre existence », ajoute-t-il. « Mais, la science ne peut pas expliquer comment notre conscience subjective naît de la matière. Les neuroscientifiques peuvent tout au plus établir des liens entre l’activité consciente et certaines régions et certains réseaux du cerveau. »

« Cependant, une connexion ne signifie pas nécessairement la causalité. Nous ne savons toujours pas si le cerveau génère la conscience ou agit comme une ‘antenne’ qui filtre les expériences subjectives d’un champ conscient environnant. »

Insatisfait de la simple logique cartésienne (Je pense donc je suis), le Dr Schipper s’est engagé dans une étude rigoureuse de la Kabbale, un recueil de la pensée et de la philosophie juive mystique qui remonte à des milliers d’années.

Conférences et essai du Dr Hyman Schipper

Dernièrement, le Dr Schipper a donné une conférence et présenté un essai sur le panpsychisme kabbalistique à la Fondation Essentia. Il est possible d’y accéder ici et ici.

Il est également l’auteur d’un ouvrage érudit à paraître : Kabbalistic Panpsychism—The Enigma of Consciousness in Jewish Mystical Thought, publié par John Hunt Publishing, Winchester, U.K.

En même temps, il s’est penché sur la mécanique quantique, qui est née au début du XXe siècle pour offrir une compréhension plus nuancée des lois physiques de la nature.

Ses recherches ont convaincu le Dr Schipper que la vérité se trouve dans ce qu’il appelle le ‘panpsychisme kabbalistique’, une théorie unifiée qui attribue la conscience à l’univers dans son ensemble, tout en conciliant les principes religieux et scientifiques.

« L’hostilité historique entre la science et la religion est une fausse dichotomie », déclare le Dr Schipper, qui est professeur de neurologie et de médecine à l’université McGill. « La science ne réfute pas le dessein intelligent et la religion ne renie pas les lois de la physique ».

« En effet, le ‘réglage de précision’ délicat des constantes universelles de la nature, qui sont nécessaires à l’existence d’une vie intelligente rend la perspective d’une divine Providence encore plus convaincante aujourd’hui qu’à n’importe quel moment du passé ».

Selon la théorie du panpsychisme, la conscience, ou l’esprit est une caractéristique primordiale et omniprésente de toutes les choses, quelles que soient leur taille, leur échelle ou leur complexité. En d’autres mots, toute entité possède, à un degré plus ou moins important, une existence objective ‘extérieure’, ainsi qu’une dimension ‘intérieure’ qu’elle ressent à sa propre manière subjective.

« L’hostilité historique entre la science et la religion est une fausse dichotomie. La science ne réfute pas le dessein intelligent et la religion ne renie pas les lois de la physique ».

Même les objets inanimés, comme les pierres, auraient un minimum de conscience, mais à des niveaux considérablement plus primitifs que la conscience ressentie par les plantes, les animaux et les humains.

Le panpsychisme kabbalistique considère que la conscience est un élément de base de la création, comparable aux propriétés fondamentales de l’espace et du temps. Et, pour faire une analogie avec la célèbre idée d’Albert Einstein selon laquelle l’espace et le temps sont relatifs, la conscience est relative à la complexité globale de l’entité qui ressent ce phénomène.

Plusieurs des concepts clés du panpsychisme kabbalistique, et de la Kabbale en général, sont excessivement subtils et difficiles à comprendre, convient le Dr Schipper, qui est seulement parvenu à les apprécier après des années d’étude intense.

Mais aujourd’hui, il trouve qu’il est profondément enrichissant d’alterner intellectuellement entre le domaine subjectif du mysticisme juif et le monde objectif de la science expérimentale qui se renforcent mutuellement.

Selon le Dr Schipper, le panpsychisme kabbalistique présente un niveau élevé de logique interne, possède une vaste portée explicative et est remarquablement cohérent avec les idées à la fine pointe de la science et de la philosophie.

Il est profondément convaincu qu’en dépit de son inaccessibilité à un examen scientifique direct, le panpsychisme kabbalistique pourrait faire l’objet de nouvelles recherches sur la nature élusive de la conscience.

« Mes expériences à titre de juif orthodoxe et de clinicien-scientifique s’enrichissent mutuellement », explique le Dr Schipper. « Chaque aspect confère un sens plus profond à l’autre ».

« En outre, je trouve ironique que la science qui, depuis des millénaires, a détourné d’innombrables juifs et chrétiens de leur foi puisse aujourd’hui, en raison des mathématiques élégantes et des implications de la physique moderne, être interprétée comme soutenant la théologie judéo-chrétienne ».

« Le panpsychisme kabbalistique, fondé sur l’ancien mysticisme juif et appuyé par les principes de la physique, de la neuroscience et de la philosophie contemporaines, offre un cadre holistique pour l’intégration de la conscience, de la réalité physique et de la spiritualité humaine ».

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